Contre-université d’été du MEDEF (5 septembre 2017)

Le 5 septembre dernier se tenait l’université d’été du MEDEF 21 dans les locaux de l’UB. Le caractère pour le moins contestable de la présence d’une organisation patronale (subventionnée à hauteur de 10000 euros par l’UB !) dans un lieu dont la raison d’être est la connaissance nous a amené, en lien avec le mouvement social côte-d’orien, à organiser un contre-évènement : pique-nique solidaire, rassemblement, après-midi de débats et projection d’un film à l’Eldorado (« les règles du jeu »).

Du point de vue du rassemblement des diverses organisations, la mobilisation est une réussite. Les drapeaux de plusieurs syndicats flottent finalement au-dessus de la centaine de manifestant-e-s regroupés devant l’amphithéâtre occupé par le MEDEF. On peut cependant regretter que seul un petit nombre d’étudiants se soient joints à nous.

Au début des échanges, dans le forum des savoirs de la MSH, nous sommes encore une petite cinquantaine. Les débats suivent de fait les axes prévus, avec des interventions courtes de certains membres du Collectif « Quelle Université Voulons Nous ? ».

Ci-après le compte-rendu des échanges de mardi après-midi :

Le but de cette après-midi de débat était de faire entendre un autre point de vue, quand, au même moment, se déroulait sur le campus l’Université d’été du Medef 21 dont le programme proposait une réflexion sur le futur.

Les deux premières interventions visaient à rappeler d’abord que le discours du MEDEF (au vu de la présentation de leur programme) vise à annihiler nos inquiétudes quant au futur. Ce dernier ne serait pas une « fatalité », il n’y a donc pas de raison de s’en faire.  Pour autant si le futur n’est pas une fatalité, la réalité du passé et du présent capitaliste est une réalité qui a déjà des effets délétères. Les alarmes écologiques en sont un très sérieux exemple. Ainsi, si le futur n’est pas une fatalité, le présent est une réalité pour le moins inquiétante contre laquelle on peut lutter.

Cette réalité portée par le MEDEF aujourd’hui glorifie la figure de l’entrepreneur, qui serait une nouveauté. Pourtant, historiquement il n’en est rien. Le terme entrepreneur existe depuis le XVIIe siècle. Les entrepreneurs étaient alors les fournisseurs des armées, et uniquement cela. Dans une seconde période, la signification du terme entrepreneur s’est développée, en même temps que le capitalisme moderne. L’entrepreneur est alors celui qui subverti le présent pour faire naître de nouvelles richesses. Au XXe siècle, le mot est peu utilisé, c’est le terme de manager, en tant que gestionnaire des grandes entreprises, qui se développe considérablement. Enfin, depuis trente ans, l’entrepreneur est de nouveau une figure centrale, présentée comme nouvelle. Cette nouvelle figure sert de justification au néolibéralisme et permet de dissimuler les inégalités dans la mesure où elle marque l’existence de groupes sociaux différents. Elle entraîne également la disparition (à plus ou moins long terme) du politique : puisque l’entrepreneur incarne un sauveur à qui s’en remettre, lui seul est capable de créer des emplois. Ce qui est sidérant, c’est que cette disparition du politique est organisée par l’État lui-même.

Les constats faits par la salle sont que la lutte des classes semble disqualifiée aujourd’hui. Les dernières élections, françaises et américaines, sont des symboles de la disparition de l’État politique. L’Université est touchée de plein fouet par ces mutations. Aujourd’hui, les étudiants sont vus comme de petits entrepreneurs, ce qui a pour conséquence de dépolitiser l’université. Cette dernière est pourtant un des derniers bastions de la pensée critique, ou en tous cas un des derniers endroits où elle puisse s’exprimer si facilement. Il semble donc important de contribuer, chacun à son niveau à (re)politiser cet espace : dans les cours, dans les lieux de vie sur l’université.

Les deux interventions suivantes rappellent ainsi les évolutions qu’à connu l’université depuis 1968, date à laquelle elle n’a plus été le bastion d’une classe privilégiée, mais un espace de débats. Depuis, les différentes réformes de l’université (la réforme LMD, la loi Ferry en 2003, la loi de programmation en 2006, la LRU, etc.) visent à privatiser ou à rendre privatisable, à plus ou moins long terme, cet espace de débats. Cette privatisation entraîne alors une mise en concurrence à tous les niveaux : aussi bien au niveau des établissements (classements internationaux), qu’à l’intérieur de ceux-ci (entre UFR, entre filières) ou bien entre les étudiants (sélection à l’entrée). Cette privatisation à lieu à plusieurs échelles : au niveau du langage lorsque l’université doit être « moderne », faire preuve d’« excellence » et d’« innovation », ou encore être « compétitive ». Elle doit permettre la « professionnalisation » des étudiants et leur « employabilité ».  Cette privatisation a lieu aussi au niveau matériel avec un retrait de l’État du financement des universités, et à termes le financement par des fondations, des entreprises et par l’augmentation des droits d’inscription.

Face à la mise en place de cette compétition généralisée, il apparaît important de permettre une prise de conscience politique des étudiants et cela passe par des espaces de discussions inter-catégoriels.

Enfin une dernière intervention autour de la non-reconnaissance de la pénibilité dans le cas de la chimie, vise à mettre en débat plus largement le monde du travail et les réformes antisociales en cours. Le compte pénibilité était, au départ, une garantie demandée par certains syndicats en échange d’un accord sur l’allongement de la durée de cotisation retraite. Cette garantie est aujourd’hui en partie vidée de sa substance puisque certains indicateurs, jugés trop « complexes » à évaluer, « inapplicable concrètement » ne sont plus reconnus : les postures pénibles, les vibrations, les agents chimiques dangereux et les températures extrêmes. Or si ces indicateurs sont inapplicables, c’est essentiellement parce que les accords de branches ont été délibérément sabotés par les organisations patronales (MEDEF en tête), et qu’ils seraient alors évalués individuellement. Cela complexifie évidemment le problème, et amène de l’eau au moulin du MEDEF, qui estime que le compte pénibilité est « une usine à gaz ».

Avec les évolutions actuelles, la disparition des CHSCT ne permettra plus de faire barrage aux dégradations des conditions de travail. Sont évoquées les conditions de travail dans les bâtiments amiantés et les productions toxiques qui sont délocalisées.

La question de la production de la science, notamment au regard de ces modes de financements, est aussi abordée. Ces derniers impactent en effet la recherche scientifique elle-même.

Finalement il apparaît que l’université est un espace qui permet de réunir beaucoup de monde. Il ne s’agit pas d’en faire un espace central, mais bien d’utiliser ce potentiel pour faire circuler une parole libre et critique. La discussion nous amène à réfléchir à nos modes d’actions et de mobilisation au sein de l’université et avec les autres secteurs d’activités. La direction de l’université fait des liens « par le haut » avec le monde de l’entreprise. La pensée critique et le travail scientifique peuvent permettre de faire des liens « par le bas » avec le monde du travail et les divers mouvements sociaux. Il nous reste à trouver comment développer de tels liens de manière pérenne.

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